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Qu’est-ce que la Validation® de Naomi Feil ?

Posted in Étape 2 : Accompagner | 6 comments

Naomi Feil est une psychosociologue américaine diplômée de l'Université de Colombia à New-York. Elle a élaboré entre 1963 et 1980 une méthode destinée à favoriser la communication avec les personnes âgées désorientées. Son premier ouvrage est paru en 1982 : Validation, la méthode Feil.

 

Naomi Feil considère les troubles du comportement de la personne âgée démente à la fois comme des mécanismes de défense, mais aussi comme des tentatives pour résoudre des conflits anciens. Elle fonde son approche sur les conceptions des stades de développement d’Erik Erikson, où chaque stade de développement correspond à des tâches particulières à accomplir. À cette théorie, Naomi Feil ajoute un dernier stade : celui de la résolution, où il s’agit de mettre de l’ordre dans sa  vie avant de la quitter, de résoudre les conflits du passé.

 

Attribuer du sens

« Valider » quelqu’un signifie reconnaitre que son comportement a du sens, reconnaitre que la personne a une valeur, et ce, même si nous ne la comprenons pas toujours. L’objectif n’est pas de découvrir le sens, mais de reconnaitre qu’il y en a un.

Les comportements d’une personne désorientée ont du sens

 

Entrer en empathie

La validation repose en grande partie sur l’empathie et donc sur la reconnaissance des émotions de l’autre. Pour Naomi Feil, ne pas reconnaître ses émotions, revient à nier l’individu. La méthode repose donc sur la rencontre, sur la manière d‘établir un lien de confiance et sur une certaine valorisation de l’autre en tant qu’individu à part entière. Il s’agit de restaurer la dignité en repoussant le sentiment douloureux d’inutilité et de solitude. Ainsi, si le présent a de la valeur et du sens, la personne aura moins besoin de s’enfermer dans passé.

La validation nous engage à changer de regard sur la personne démente et sur la relation que nous pouvons établir avec elle

 

 

Quelles sont les étapes de la validation ?

 

- 1. Se centrer : on ne peut pas entrer dans une relation véritablement empathique si on est parasité par nos propres préoccupations, par nos propres angoisses…. Il convient donc de se centrer sur soi pour se libérer de toutes nos préoccupations afin d’être complétement disponible à la rencontre de l’autre.

 

- 2. Observer : repérez l’état émotionnel de la personne, notamment grâce aux indices non-verbaux. Qu’est-ce qu’elle manifeste comme émotion ? Quelles sont les expressions de son visage ? Ensuite, reflétez l’attitude de la personne en se mettant au même rythme qu’elle : on peut par exemple synchroniser sa respiration, harmoniser son attitude en modulant sa voix, et en accordant ses mouvements et ses mimiques.

 

- 3. Trouver la distance appropriée : être suffisamment proche tout en respectant la distance dont la personne a besoin. Il s’agit d’une approche respectueuse et attentive, où la distance est adaptée volontairement pour ne pas paraitre ni trop distant, ni trop intrusif.

 

- 4. Se mettre en empathie : capacité à se mettre en résonnance avec l’état émotionnel de l’autre. L’empathie nous permet de ressentir en partie les émotions de l’autre, et lui permet de se sentir compris.

 

- 5. Utiliser des techniques verbales ou non-verbales adéquates : Naomi Feil décrit un certain nombre de techniques pour communiquer avec une personne démente. Elle aborde notamment la gestion des situations où la personne est désorientée, et ce, en fonction des étapes d’évolution de la maladie. Elle développe la question du contact-regard qui va accompagner par la suite le toucher respectueux.

 

- 6. Terminer la rencontre sur une note positive : Il est essentiel de terminer la rencontre sur une note positive afin d’ancrer la note positive de la rencontre dans la mémoire émotionnelle et de faciliter les échanges ultérieurs.

 

Notre avis

 

Public : Familles et professionnels.

Familles : La validation est particulièrement intéressante pour les familles. Elle leur permet de mieux comprendre la personne atteinte de démence et de mettre du sens sur les comportements parfois difficiles. Elle peut les aider à lâcher-prise sur certaines de leurs exigences (comme vouloir changer l’autre) et de mieux savoir réagir face à certaines demandes incongrues (« Où est mon mari », alors qu’il est décédé depuis plusieurs années). L’un des intérêts majeurs de cette approche est de permettre de restaurer une communication avec la personne en proposant notamment des techniques de communication non-verbales.

 Il y a d’ailleurs un ouvrage consacré spécialement pour les familles. Voir ci-dessous.

 

Professionnels : La validation doit être connue de tous les professionnels travaillant auprès des personnes âgées démentes. Comme pour les familles, elle leur permet une meilleure compréhension des comportements et donc une meilleure gestion des troubles psycho-comportementaux. Les services formés à cette approche ont une autre vision de l’organisation des soins, plus respectueuse des besoins du résident, et mettent l’accent sur le maintien de l’estime de soi des personnes.

 

Et vous, avez-vous fait l’expérience de la validation dans votre pratique ? Laissez un commentaire ci-dessous.

 

Pour en savoir plus sur la validation:

Crédits photographiques :

Image de couverture : © Sandor Kacso - Fotolia.com

 

6 Comments

  1. Toutes ces belles théories sont valables à condition d’avoir les moyens en personnel et en temps, ce qui n’est souvent pas le cas.

    • Bonjour
      Merci de votre réflexion; il est vrai que les moyens humains et matériels deviennent de nos jours un vrai challenge pour réussir à fonctionner correctement. Et c’est justement pour cela que des approches comme celle de Naomi Feil sont indispensables : parce qu’elles préviennent en partie de certaines difficultés mangeuses de temps. En effet, gérer une personne désorientée et agitée demande beaucoup d’effort et d’énergie et fait perdre beaucoup de temps si on ne sait pas comment faire. Des approches comme la Validation se révèlent dans ces cas absolument indispensables pour continuer à proposer un accompagnement le plus humain possible.

  2. Bonjour,

    Ma mère est atteinte par la maladie d’Alzheimer. Lorsqu’elle a des hallucinations, je l’accompagne en lui posant des questions sur ce qu’elle voit, ce que je nomme « un voyage avec elle. »

    Après un moment (la durée est variable) ce voyage s’arrête brusquement. Elle revient au quotidien, entre autres, sa vie en EMS.

    Question :

    Est-ce que l’accompagnement lors d’hallucination fait partie de ce l’on appelle la méthode de la Validation ?

    Au sujet de cet accompagnement précis, il n’en n’est pas parlé dans l’article que je viens de lire.

    Constatation

    Quand elle parle des souvenirs de son enfance, je lui pose des questions. C’est un dialogue dans lequel je la sens détendue tout comme lorsque je l’accompagne lorsqu’elle a des hallucinations.

    Autre question :

    Existe-t-il une différence entre la maladie d’Alzheimer et la démence ? En dehors des « étapes » qui sont peut-être différentes ?
    Cordialement,

    Martine Courvoisier

    • Bonjour

      Il convient de faire la différence entre des hallucinations (voir des choses qui ne sont pas présentes) et des mauvaises interprétations de la réalité (il y a réellement un objet mais elle le prend pour autre chose, ce qui correspond plus à de l’agnosie).

      La méthode de la validation s’intéresse à l’expérience émotionnelle derrière la maladie. Si je vois un serpent où si j’ai l’hallucination d’un serpent, l’expérience émotionnelle est identique : je ressens de la peur. Accompagner l’émotion est alors essentielle et c’est ce que vous sembler faire; en vous intéressant à son vécu, vous lui prêtez de l’intérêt et vous apaisez ses émotions. C’est pour cela qu’elle se détend progressivement.

      Le mot démence est un vieux terme qu’on tente de ne plus utiliser aujourd’hui. C’est une catégorie qui contient plusieurs maladies dont la maladie d’Alzheimer. La maladie d’Alzheimer est donc une démence mais toutes les démences ne sont pas une maladie d’Alzheimer; de même qu’une courgette est un légume, mais un légume n’est pas forcément une courgette.

      Le livre “La méthode de Naomi Feil à l’usage des familles” devrait vous intéresser.

      Je reste disponible si besoin.

      • Bonjour Monsieur,

        Je vous remercie pour votre réponse. Lors de ma question sur la validation, je vous ai parlé d’hallucination, mais je n’ai pas précisé : ma mère voyait une barque qui n’existait pas.

        A partir de là s’est construit un dialogue entre nous deux : l’écouter et l’accompagner dans ce qu’elle voyait est-ce de la validation ?

        J’ai entendu parler du livre de Naomi Feil et je vais me le procurer.

        Meilleures salutations

        • Bonjour
          A ma connaissance, la validation concerne le fait d’accompagner les personnes dans l’expérience émotionnelle de la désorientation. La subtilité c’est que la validation concerne l’accompagnement de l’émotion et non pas de la réalité. La question c’est quelle est l’émotion qui est présente quand elle voit la barque, et à quoi ça lui renvoi dans son histoire personnelle. En revanche, il n’est pas question de dire que nous voyons la barque nous-même. Donc oui l’écouter et l’accompagner c’est de la validation, à condition de mettre des mots sur ses émotions et de se garder de rentrer dans sa réalité.
          J’espère avoir répondu à votre question
          Bien à vous

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